POUTINE, UN SUPER POUVOIR ANACHRONIQUE

Les Echos

http://archives.lesechos.fr/archives/2014/Enjeux/00307-038-ENJ.htm?texte=TATIANA%20STANOVAYA

Enjeux Les Echos n° 307 du 01 Février 2014 • page 80

Journaliste, chroniqueur à France Culture, Brice Couturier repère les grandes controverses qui agitent les think tanks du monde entier. Ce mois-ci : où en est la Russie avant les JO de Sotchi ?

2013 a été une bonne année pour Vladimir Poutine, écrit Tatiana Stanovaya sur le site Institute for Modern RussiaDu moins, sur le plan diplomatique. En offrant une porte de sortie au président américain, qui n’avait aucune envie réelle d’engager son pays militairement dans la guerre civile en Syrie, il a sauvé son protégé Bachar el-Assad. En brandissant l’arme du pétrole, il est parvenu à bloquer l’évolution de l’Ukraine vers l’Europe. Il a aussi empêché la Géorgie de rejoindre l’Otan. En 2014, il tentera d’afficher le retour de la puissance russe sur la scène internationale lors des sommets du G8, que la Russie présidera, et à travers les Jeux olympiques d’hiver. Ces JO de Sotchi s’annoncent en tout cas comme les plus chers de l’histoire : 36 milliards d’euros au total, dont 17 déboursés par l’Etat.
bit.ly/Enjeux-Imrussia

Certes, le « corporatisme d’Etat » russe semble s’éloigner toujours plus des standards démocratiques occidentaux. Et la libération surprise de Mikhaïl Khodorkovski, après dix ans de bagne, a confirmé « la domination quasi-totale de la scène politique par Poutine », comme l’écrit Andrew Weiss du Carnegie Endowment. Cet analyste estime que le système oligarchique poutinien présente bien des traits comparables à celui des boyards qui, dès le XVe siècle, ont gouverné la Russie d’une main de fer. Un petit groupe d’hommes extrêmement riches et très puissants, qui doivent leur position au président, domine tous les secteurs stratégiques. Mais leurs violents conflits d’intérêt risquent, à tout moment, de gripper le système ; ainsi, la bagarre qui oppose le patron du groupe pétrolier Rosneft, Igor Setchine, à Gennady Timchenko, le propriétaire de Volga Group (compagnie spécialisée dans les transports et l’énergie). Vladimir Poutine consacre une grande part de son temps à arbitrer ces rivalités.
La Russie utilisera le G8 pour faire avancer ses préoccupations. Elle réclamera une coopération internationale accrue dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogues. Moscou souhaite mettre à profit le départ des Occidentaux d’Afghanistan.
bit.ly/Enjeux-Carnegie

Sur le plan intérieur, la situation est moins favorable. Face à une opposition qui, même si elle ne menace pas réellement le pouvoir, est parvenue à s’installer dans le paysage politique, Poutine manie la carotte et le bâton. Des procès contre les opposants qui, comme Alexeï Navalny (35% des voix aux élections municipales de Moscou), refusent de reconnaître son autorité. Des postes et des sinécures pour ceux qui, comme l’oligarque milliardaire Mikhaïl Prokhorov, savent faire preuve de « flexibilité » — on a laissé ce dernier se faire élire maire d’Ekaterinbourg, la quatrième plus grande ville de Russie. Mais c’est tout le système russe qui est en train d’être mis à l’épreuve, selonTatiana Stanovaya : l’énorme bureaucratie, très corrompue, jumelée à l’oligarchie d’Etat, affecte le système de prise de décisions. Nina Krouchtcheva, l’arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev, dresse pour Project Syndicate un parallèle convaincant entre le régime de Poutine et celui de Perón. Comme le président populiste argentin, Poutine a pris le pouvoir en promettant de mettre au pas les profiteurs de la privatisation et de rendre au pays, humilié par la perte de son empire, le sentiment de sa grandeur. Comme Perón encore, Poutine a accumulé une énorme fortune personnelle (estimée entre 40 et 70 milliards de dollars), grâce à un capitalisme d’Etat dont vivent de larges fractions de la population. C’est pourquoi, estime-t-elle, le régime survivra à son fondateur.
bit.ly/Enjeux-Krouchtcheva

Mais c’est aussi l’une des causes du très sensible ralentissement de la croissance russe. La Berd la situe, pour 2013, à 1,3% et anticipe un taux de 2,5%, pour 2014, très inférieur au potentiel du pays. La note de conjoncture mensuelle du Gaidar Institute note un regain d’inflation en fin d’année (6,5% en taux annuel) et un affaiblissement préoccupant du rouble, dû en partie à un solde commercial qui se dégrade. Le fameux économiste Sergueï Guriev, contraint à l’exil, attribue ces maigres performances à l’incertitude que fait peser sur les investisseurs un cadre juridique peu protecteur des droits de propriété. L’élite politique au pouvoir, ajoute-t-il, n’a aucun intérêt à réformer un système dont elle vit. Et Sergueï Guriev de menacer la Russie d’un « scénario type années 70-80 » — une stagnation prolongée -, le pays ayant épuisé les avantages des hausses de prix du pétrole.
bit.ly/Enjeux-Gaidar
bit.ly/Enjeux-Guriev

Le think tank bruxellois CEPS organisait, le 24 janvier dernier, un colloque consacré à l’économie russe. Le ralentissement de sa dynamique est attribué à une concurrence insuffisante et à une excessive dépendance envers les exportations de pétrole et de gaz. L’Union européenne aurait tout intérêt à utiliser cette dépendance dans sa stratégie envers la Russie. C’est l’une des conclusions d’une réunion d’experts européens et américains qui s’est tenue à Trakai, en Lituanie, en janvier et dont rend compte le think tank Carnegie.
bit.ly/Enjeux-CEPS
bit.ly/Enjeux-CarnegieEurope

Ses participants ont estimé que la Russie, qui n’est ni une véritable démocratie ni un acteur économique de premier plan, n’aurait pas dû être admise au G8. Sur le site de Carnegie Moscow Center, Lilia Shevtsova avance que les sommets biannuels Russie-Union européenne sont sans intérêt, tant les relations se sont détériorées depuis l’affaire ukrainienne. Joschka Fischer pense que le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a fait semblant de négocier l’accord d’association avec l’Union, pour faire monter les enchères côté russe. L’ancien ministre des Affaires étrangères allemand estime que les Européens n’ont pas su proposer à l’Ukraine une alternative crédible à sa dépendance au gaz russe et que l’Europe risque de le payer cher.
bit.ly/Enjeux-Shevtsova
bit.ly/Enjeux-Fischer

De son côté, toujours pour Project Syndicate, Shlomo Ben-Ami, ex-ministre israélien des Affaires étrangères, argumente que le poutinisme, qui « se réduit à l’arme nucléaire et au pétrole », aux menaces d’une « armée défraîchie » et des « valeurs conservatrices », est anachronique. La Chine ne se laissera pas entraîner dans une alliance anti-américaine. Reste que le nationalisme de Poutine suscite l’admiration des dirigeants européens d’extrême-droite. Comme le raconte l’Institute of Modern Russia, Marine Le Pen a été reçue à Moscou avec beaucoup d’égards.
bit.ly/Enjeux-BenAmi
bit.ly/Enjeux-LePen

 

BRICE COUTURIER
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